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Mercredi 01 Novembre 2006
L'action sociale sort de l'opacité
Le monde du 7 décembre 2006
Le Monde du 7 décembre 2006
L’action
sociale sort de l’opacité
Armée du salut,
Restos du cœur ou Emmaüs sont les plus connus d’un secteur qui emploie 900000
permanents.
Quelles sont les sources
de financement des associations gravitant dans le champ
du social ? La contribution des pouvoirs
publics est-elle décisive ? Récurrentes, ces questions reçoivent,
aujourd'hui encore, des réponses partielles.
Dans une
étude diffusée en février
sous l'égide de l'Association pour le développement de la
documentation sur l'économie sociale, le
statisticien Philippe Kaminski juge « très lacunaire » l'information à propos des « institutions sans but
lucratif» (ISBL) du secteur sanitaire et social, alors même que leur poids économique est majeur : plus de
900 000 emplois permanents - soit 63 % de l'ensemble de la main-d'oeuvre des «
ISBL employeuses » ; une production annuelle de près de 35 milliards d'euros ; environ 60 % de la valeur ajoutée...
Ce manque de transparence tient notamment
au fait que la plupart des organismes concernés sont soumis à un régime
fiscal spécifique. Résultat : « Les statisticiens et les comptables nationaux ne disposent pas de leurs comptes » , souligne Philippe Kaminski.
Si les subventions
publiques aux ISBL demeurent « l'un des principaux
trous noirs de la comptabilité nationale
», selon la formule de Philippe
Kaminski, la mise en oeuvre de la loi
organique des lois de finances devrait permettre d'y voir un peu plus
clair, à terme. De même, les « personnes morales de droit public » (collectivités locales, services de l'Etat) qui donnent de l'argent
à des associations seront désormais tenues de le mentionner sur un site Internet. Inscrite dans la loi
sur le volontariat associatif du 23 mai
2006, cette nouvelle disposition
constitue « un coup de tonnerre dans le ciel serein de l'opacité associative », se réjouit
Pierre-Patrick Kaltenbach, président
des Associations familiales protestantes et conseiller maître honoraire à la Cour des comptes. Celui-ci croit
également beaucoup dans l'accord signé,
mi-novembre, avec l'Agence française
de normalisation, qui met en place un « label de qualité associative
» susceptible d'améliorer la transparence.
« Un coup de
tonnerre dans le ciel serein de l’opacité associative »
M.Kaltenbach, Associations
familiales protestantes
En
dépit de la difficul té de l'exercice, Philippe Kaminski est parvenu à apporter des
éclairages sur
les activités en faveur des personnes âgées, des services à domicile de la
petite enfance : celles‑ci dépendent des financements et publics
à hauteur, respectivement, de 56 %, 59 % et 67,5 %. « Les
différences peuvent être importantes suivant les secteurs », commente Romain Guerry, de l'Union
nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et
sociaux. Une multitude de paramètres entrent en jeu : l'association
emploie-t-elle des contrats aidés ? A-t-elle eu besoin d'une autorisation préalable pour pouvoir
fonctionner ? Des prestations sont-elles tarifées ?
D'après Alain Raoul, directeur général de la Fondation Armée du salut,
l'intervention financière des collectivités publiques s'avère importante pour les associations qui gèrent
des structures agréées (établissements pour handicapés, centres d'hébergement
et de réinsertion sociale, etc.). C'est d'ailleurs l'une des raisons du poids des « fonds publics et assimilés
» dans le budget de la Fondation Armée du salut (69 %). Au début des années 2000, ce ratio était de 80
%, selon M. Raoul. Depuis, explique-t-il, «
nous avons créé un certain
nombre de résidences sociales et
d'hôtels sociaux au profit de
publics qui, pour une bonne partie,
ont des ressources - issues notamment des minima sociaux. Leur participation représente un poste budgétaire plus important,
aujourd'hui. »
Aux Restaurants du coeur, la part
des aides versées par l'Union européenne, l'Etat français et les collectivités locales diminue également, d'après son président, Olivier Berthe.
Cette tendance est contrebalancée par la progression des recettes liées aux spectacles des « Enfoirés » (places de
concerts, disques). Les dons se sont
également accrus, grâce au relèvement
du taux de déduction fiscale : 75 % des sommes
versées à une association peuvent être déduites de la feuille d'impôt (sous réserve de ne pas dépasser un certain plafond), contre
60 % auparavant.
En 2005-2006,
quelque 43,5 millions d'euros ont été collectés, soit 11 millions de plus par rapport à 2002-2003.
Une telle situation permet aux Restos de conserver « une totale
indépendance d'action et de ton », estime
M. Berthe.
Emmaüs-France est également
très attaché à son autonomie financière.
C'est « un principe de base », dit
Valérie Fayard, responsable des questions économiques au sein du mouvement. Les 120 communautés
d'Emmaüs tirent l'essentiel de leurs ressources (86 %) des activités de récupération. A l'inverse, certaines
activités d'Emmaüs, rattachées à la
branche action sociale et logement,
sont plus tributaires de la générosité du public ou des financements de l'Etat et des collectivités
locales. Cette diversité résulte de la multiplicité de statuts qui cohabitent au sein d'Emmaüs, de la société
coopérative ouvrière de production au chantier d'insertion en passant par la
fondation reconnue d'utilité publique.
BERTRAND BISSUEL.
Mise à jour : Samedi 23 Décembre 2006, 14:16
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Pour la connaissance, la transparence et la gouvernance des associations de la loi de 1901.